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Le 2 juillet 1928,
une jolie petite fille vient au monde chez les Enté, à
Pont-de-Nieppe, près d' Armentières, dans le Nord de la France, dans
une famille modeste dont la maman est sténodactylo et le papa
camionneur dans une usine de textile.
D'une blondeur angélique, gratifiée d'un regard au bleu étincelant
que rehausse une sorte de léger voile reflétant sans doute les
brumes de sa région natale, elle portera le prénom de Jacqueline.
S' il passe les jours de la semaine sur les routes, son père met à
profit les week-ends pour exercer ses talents de trompettiste dans
une fanfare locale, et il procure en toute logique ses premières
notions de musique à la petite Jacqueline. À son entrée à l'école
primaire, la fillette chante déjà fort gracieusement, et se
distingue si bien qu'elle remporte à l'âge de 7 ans un concours
d'amateurs.
Alors que les
sinistres rumeurs du conflit avec l' Allemagne s'affirment de plus
en plus et que la guerre paraît inévitable, le père de Jacqueline
est mobilisé, partant pour une absence qui durera cinq années et au
cours de laquelle il sera un temps prisonnier.
Durant ce long éloignement, ce sont trois femmes qui prendront en
charge l'éducation de l'enfant : sa mère, bien sûr, mais aussi son
arrière-grand-mère et sa grand-mère maternelle.
Dans le café que
tient sa grand-mère à Armentières, chantant pour eux avec le même
charme tranquille qu'elle arborera sa vie durant, la petite
Jacqueline fait la joie des soldats français ou alliés qui
cantonnent dans les parages avant de partir au combat tandis que sa
mère rêve de faire d'elle une institutrice.
Mais sa scolarité
révèle davantage de dons pour l'espièglerie que pour les études
approfondies, et il semble certain que, déjà, les rêves de
Jacqueline soient ailleurs. Lorsqu'une amie découpe dans un journal
local une annonce concernant des auditions pour le Conservatoire de
Lille, elle s'inscrit en secret, ignorant que la recherche concerne
en fait des chanteurs classiques.
Cette erreur de trajectoire ne s'avèrera pourtant pas inutile.
Arrivée devant le
jury, elle chante un blues très populaire écrit par Loulou Gasté, "Sainte-Madeleine",
puis, à la demande des jurés, une deuxième chanson, choisissant un
autre titre de Loulou Gasté, " Mon âme au diable ".
Louis Gasté est à cette époque l'un des plus connus parmi les
compositeurs à succès. Très jeune, il a été guitariste, et surtout
le seul véritable joueur de banjo professionnel de France.
Engagé à 18 ans pour accompagner Joséphine Baker, il a participé,
avec des copains comme lui passionnés de jazz, à la création du
célèbre orchestre de Ray Ventura et ses Collégiens, puis a
enregistré en duo à la guitare avec le génial Django Reinhardt avant
de se mettre à composer.
Dès sa première chanson, le très insolite et très humoristique "
Avec son ukulélé ", il a remporté un triomphe, qui ne fera que se
confirmer au fil du temps avec par exemple
"Le chant du gardian" pour Tino Rossi, "Le petit Chaperon Rouge",
"Le porte-bonheur",
ou encore 'Luna Park" et "Battling Joe" pour Yves Montand.
A l' issue des
auditions, un monsieur se présente à Jacqueline Enté.
"Je suis, dit-il, le directeur de Radio Lille, et nous recherchons
une chanteuse".
Ayant convaincu sa mère de la laisser saisir cette chance, elle
interprètera sur les ondes, prenant le pseudonyme de Jacqueline Ray,
un répertoire basé sur les chansons de Loulou Gasté.
En 1945, au
lendemain de la guerre enfin terminée, elle décide de tenter sa
chance à Paris, décrochant un premier engagement aux Folies
Belleville, l'un des prestigieux music-halls de l'époque.
Josette Daydé, tête d'affiche du spectacle, prend en sympathie cette
adolescente au sourire paisible, et, amusée par son admiration
inconditionnelle pour Gasté, propose de le lui faire rencontrer.
Au mois de septembre a lieu le premier rendez-vous entre le
compositeur adulé et la petite chanteuse. Elle a 16 ans, il en a 37,
lui trouve du talent, et décide de devenir son Pygmalion, car il
pressent en elle l'étoffe d'une vedette.
Si la voix est
belle et la jeune fille mignonne, un travail de fond est cependant
indispensable et Gasté explique ce qu' il lui faudra modifier pour
se créer une image nouvelle et une véritable personnalité d'artiste.
La coiffure fait un peu " province ", le comportement sur scène
n'est ni étudié ni suffisamment affirmé, et son pseudonyme manque de
panache.
Peu disposée à se
plier à des transformations qu'elle juge un peu radicales, elle
refuse tout net, puis réalise qu'une telle chance ne se présentera
peut-être plus jamais, et finit par accepter... d'autant qu'elle
n'est pas insensible au charme de Loulou.
Si c'est elle qui
choisit de s'appeler Renaud, le nom de sa grand-mère maternelle, il
abrège son prénom en Line, plus original et plus doux que
Jacqueline, lui impose des cours de danse et de chant, modifie sa
coupe de cheveux, son style vestimentaire, et insiste pour qu'elle
suive un régime amaigrissant...
C' est à Radio
Luxembourg, où elle chante dans les émissions très populaires du
dimanche matin, que Line Renaud fait ses débuts nationaux.
Ayant signé un contrat avec les disques Pathé Marconi, elle
enregistre " Ma Cabane au Canada ", une composition de Loulou Gasté,
bien sûr, qui lui vaut de se voir attribuer le grand Prix du Disque.
Peu après, elle
passe en première partie d' Yves Montant au Théâtre de l' Etoile.
Elle enchaîne par
une énorme tournée à travers l'Europe et l' Afrique, rentre à Paris
pour être la vedette de l'ABC, mythique music-hall des années 1950
où elle triomphe littéralement, tout en accumulant les succès
discographiques avec des adaptations de chansons américaines "Ma
petite folie", "Etoile des neiges" ou "Le chien dans la vitrine".
À la fin de cette année très fertile en événements, elle épouse
Loulou Gasté à la mairie du 17ème arrondissement de Paris.
La renommée de Line Renaud se développe tant et si bien qu'on la
réclame à l' étranger. Traversant la Manche, elle conquiert aussi
l'Angleterre, tandis que le cinéma lui fait des propositions.
En 1951, elle tourne "lis sont dans les vignes" de Robert Vernay, en
1952 "Paris chante toujours" de Pierre Montazel, dont Loulou écrit
les musiques, et en 1953 "La route du bonheur" de Maurice Labro.
Lorsqu'elle est en 1954 à l' affiche du Moulin Rouge, toutes les
places sont aussitôt retenues pour quatre mois.
Un soir, le grand
comique américain Bob HOPE est dans la salle.
Aux États il anime à la télévision le Bob Hope Show, que le pays
entier suit chaque semaine, se régalant de ses mimiques et de ses
mots d'esprit, et il propose à Line Renaud de devenir sa partenaire
pour cinq émissions. Dès la diffusion de la première, elle est
engagée pour chanter au Waldorf Astoria, l'un des palaces de New
York, puis au Coconut Grove de Los Angeles.
Mais ce n'est pas
tout, car l'Amérique s'est véritablement prise d'affection pour
l'artiste française au charmant accent et à la voix un peu rauque,
et elle est invitée à participer également aux shows télévisés les
plus regardés : ceux de Johnny Carson, de Dinah Shore, et surtout de
Dean Martin, avec qui elle enregistre en duo une chanson restée
célèbre, " Relaxez-vous ".
Line Renaud revient
au cinéma pour tourner en 1955 " La Madelon ", film qui lui vaut de
recevoir le Prix du Prestige de la France, et en 1956 "Mademoiselle
et son gang", tous deux mis en scène par Jean Boyer et dont Loulou
Gasté a écrit la musique.
En Angleterre, elle a sa propre émission de télévision hebdomadaire,
Paris-Picadilly.
Elle chante en Espagne et au Portugal, au Canada, aux États-Unis, où
elle participe aussi au célèbre Ed Sullivan Show, tourne en France,
encore sous la direction de Jean Boyer, "L'Increvable" puis
"Mademoiselle et son flirt", se pose à Paris pour une série de
représentations enflammées au Moulin Rouge, et reprend son périple à
travers le monde.
En 1959, Henri
Varna, l'un des rois du music-hall parisien, lui propose de devenir
meneuse de la revue du Casino de Paris, qui, intitulée "Plaisirs de
Paris", tiendra l'affiche durant quatre ans. C'est là que les
directeurs artistiques du Dunes, l'un des plus grands casinos de Las
Vegas l' engagent pour un spectacle spécialement créé à son
intention.
Prévu pour six mois, il durera deux ans.
Revenue à Paris,
elle y remonte sur la scène du Casino pour une nouvelle revue,
"Désirs de Paris", mais en 1968 Las Vegas la rappelle pour une suite
de spectacles, dont elle assure aussi la mise en scène et la
direction artistique.
Appréciée de toutes parts, elle produit également des spectacles en
Floride et présente à la télévision française l'émission " Line
direct ".
En France, elle crée en 1973 un show à l'américaine qu'elle va
transporter durant deux ans à travers le pays, puis se porte au
secours du Casino de Paris, menacé de fermeture définitive,
accommodant avec Loulou Gasté une revue intitulée "Paris-Line", dont
la dernière, au bout de quatre ans de succès, coïncidera avec
l'anniversaire de ses trente ans de carrière.
Nous sommes en
1980, et Line Renaud va se remettre, après cette longue halte
parisienne, à franchir sans cesse l' Atlantique dans les deux sens,
participant aux Etats-Unis aux grands shows télévisés produisant en
France " Telle est Line " sur Antenne 2, et enregistrant des disques
tant en anglais qu' en français.
Alors qu'elle vogue ainsi d'une côte à l'autre, elle se lance dans
une aventure inédite, débutant au théâtre avec la pièce "Folle
Amanda" de Barillet et Grédy, mise en scène par René Clermont.
Démontrant un authentique talent de comédienne, elle en fait un
triomphe.
Pourtant, au sein de cet incessant mouvement, de ce tourbillon de
travail et de réussites, elle ne se cantonne pas dans son univers,
et, concernée par les problèmes de société, prend en 1985 une
initiative particulièrement importante en créant l'Association des
Artistes Contre le Sida.
Engagée sans
restriction dans la lutte contre un fléau mondial, elle organise des
événements artistiques et télévisés permettant de recueillir des
fonds pour aider dans leurs recherches les scientifiques Français.
Profitant de sa
notoriété internationale, elle obtient même l' appui très actif de
plusieurs vedettes américaines, qui lui apportent leur précieux
concours.
En 1986, elle part
en Floride jouer "Folle Amanda", adaptée en anglais sous le titre 'The
incomparable Loulou" et mise en scène par Charles Nelson-Reilly,
puis rentre en France pour tourner, avec Michel Galabru et Fanny
Cottençon, dans le film de Roger Coggio adapté du "Mariage de
Figaro".
Franchissant avec toujours la même vivacité le cap des quarante ans
de spectacle, elle publie un livre autobiographique, "Les brumes
d'où je viens", puis se pose une nouvelle fois au Casino de Paris
pour une soirée exceptionnelle où elle retrace sa carrière en
chansons et en ballets.
Parmi les prestigieux invités venus lui rendre hommage ce soir là
figurent rien moins que Gregory Peck et Tom Jones.
Pourtant, si la
planète entière la connaît, il est un pays où elle ne s'est jamais
rendue autrement que par disque interposé, faute de temps.
Le mal sera réparé lorsque les autorités du Japon décident de fêter
en 1989 le Bicentenaire de la Révolution Française avec un festival
de la chanson française dont elle sera la vedette.
Dans les principales villes du pays, elle chante devant des salles
archi-combles, ce qui lui vaudra un peu plus tard de tourner une
émission spéciale pour la principale chaîne de télévision nippone.
Le cinéma la demande à nouveau, et elle tourne avec Philippe Noiret
et Thierry Lhermitte, sous la direction de Claude Zidi, "Ripoux
contre Ripoux" avant de créer au Théâtre de la Michodière la pièce
"Pleins Feux", adaptée par Didier Kaminka d'après l'œuvre de Mary
Orr, puis de la reprendre au Théâtre Antoine et à travers la France.
À la télévision
américaine, elle tourne "Memories of midnight" avec Jane Seymour et
"Sands of time" avec Roddy McDowall, tous deux réalisés par Michael
Viner, et à la télévision française "Polly West est de retour" de
Nelly Kaplan, au côté de Michel Galabru, ainsi que "Rendez-moi ma
fille" avec Valérie Kapriski.
Après un passage au cinéma pour le film de Claire Denis " J'ai pas
sommeil " avec Béatrice Dalle, sélectionné au Festival de Cannes
dans la catégorie Un Certain Regard, elle joue pour la télévision
"Les filles du Lido" de Jean Sagols, avec Annie Girardot et Mel
Ferrer, et part présider au Japon le Festival du Film Français en
1994, année où elle est en outre nommée Officier de la Légion
d'Honneur.
Début 1995, Loulou Gasté décède à leur domicile de Rueil-Malmaison,
laissant à Line une blessure au cœur, et à la postérité plus d'un
millier de chansons dont certaines ont été interprétées par une
pléiade de stars internationales.
Choisissant le
travail comme thérapie, Line Renaud crée au mois de septembre, à
Lyon, une nouvelle adaptation de "La visite de la vieille dame" de
Friedrich Durrenmatt, quelle reprendra un peu plus tard à Paris au
Théâtre du Palais Royal.
Elle tourne également pour la télévision "L'embellie", avec
Jean-Pierre Cassel, "Sixième Classique" avec Véronique Genest, "La
Voisine", "Une Femme d'action", "Garance et Mélanie", et, pour le
cinéma, avec Thierry Lhermitte, "Ma femme me quitte" de Didier
Kaminka.
Elle publie par ailleurs son deuxième livre, "Maman", où elle
exprime l'amour très profond qui la lie depuis toujours à sa mère.
Après avoir tourné
pour le petit écran "La grande béké" et "A nous deux la vie", Line
Renaud, fidèle à son engagement et à ses convictions, participe à la
quatrième Marche Pour La Vie organisée à Paris dans le cadre de la
lutte contre le sida. Pour elle, en effet, ce combat est l'un des
plus importants au monde, tant l'épidémie s' étend en Afrique, en
Asie ou dans les pays de l'Est, et il reste indispensable de
continuer à recueillir des fonds pour aider la recherche, mais aussi
les associations d'aide aux malades et les familles.
Puis on la retrouve avec Catherine Deneuve et Vincent Lindon dans le
film de Gabriel Aghion " Belle Maman ", et avec Michèle Laroque dans
"Doggy
Bag" de Frédéric Comtet tandis qu' à la télévision elle
tourne " Louise et les marchés " et " La petite fille en costume
marin ".
En juin 1999,
Simone Enté, la maman de Line s'éteint à 94 ans, au terme d'une
longue complicité et d' un long élan d'amour, et Line, une fois
encore, s'investit dans le travail pour farder sa peine.
En septembre, la
voici de retour en Amérique, où elle participe à l'inauguration de
l'hôtel Paris Las Vegas, qui reproduit à échelle réduite les plus
grands monuments et les quartiers les plus caractéristiques de la
capitale française, à commencer par la Tour Eiffel et l'Arc de
Triomphe.
Elle y présente notamment des extraits de la comédie musicale
"Notre-Dame de Paris", dont elle a convaincu des investisseurs
américains de produire une version anglaise.
Poursuivant ainsi avec opiniâtreté et toujours la même générosité
les chemins de la vie et de la célébrité, Line Renaud reste, dans
les cœurs des citoyens du monde, l'une des artistes les plus
entreprenantes et les plus aimées, car le public, partout, sait
retourner au centuple son affection à ceux qui lui manifestent la
leur.
Biographie, par Alain-Guy Aknin et
Philippe Crocq
>> Extrait du site officiel de Line
Renaud
http://www.linerenaud.com
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